Jana : bus pour l’école


Une fois, j’ai raté le bus pour l’école. J’avais un contrôle ce jour-là et je ne voulais pas être en retard. Donc j’ai essayé de faire du stop. Un van s’arrêta, le conducteur avait l’air “normal”. Je lui ai montré la direction où je voulais aller avec mon bras, en lui disant que je voulais y aller. Il m’a dit qu’il devait s’arrêter pour prendre de l’essence et s’est arrêté dans un garage vide. J’ai essayé de lui faire comprendre que j’étais pressée et j’ai signé “tout droit”. Il a touché ma poitrine, sorti sa langue et m’a montré son pénis. Donc j’ai poussé sa main et j’ai continué à signer de manière autoritaire: “tout droit, dépêche toi, j’ai un contrôle!”. Finalement, il m’a conduit à l’école. J’ai couru à l’intérieur et je me suis mise à pleurer en racontant mon histoire, et mon contrôle a été reporté.


Fatima : “c’est fini, dégage!”

Quand j’avais 15 ans, mon copain me forçait à avoir des rapports sexuels avec lui. Donc j’ai découvert une astuce: quand il essayait de se forcer en moi, je tapais mon genou dans son entrejambe et prétendais que je ne l’avais pas fait exprès. Ensuite, il s’arrêtait. Mais une fois, après avoir fait ça, il s’est mis à me taper sans s’arrêter. J’ai été voir mon père et ensemble, on a dit à mon copain “c’est fini, dégage!”. J’avais honte mais cela faisait longtemps que je cherchais une solution.

Khadija : dans le métro

Un jour j’étais dans le métro, et plusieurs jeunes hommes sont entrés dans la rame. Ils faisaient beaucoup de bruit, et cela me dérangeait. Je leur ai demandé plusieurs fois de faire moins de bruit. L’un d’eux s’est approché de moi et m’a crié dans l’oreille: “Et qui va m’arrêter?!” et a continué de crier en s’asseyant à côté de moi. Je lui ai mis un poing dans le nez et tout à coup, la rame est devenue silencieuse. J’ai ouvert ma canne blanche, je me suis levée et je suis sortie à la station suivante. Je suis certaine que je lui ai cassé le nez.

Valérie : au bar

J’avais l’habitude de boire un café dans un bar avec une rampe dans mon quartier. Un jour, j’ai réalisé qu’ils avaient partiellement installé une terrasse sur la rampe d’accès et que je ne pouvais pas passer avec ma chaise roulante. J’ai demandé à voir le manager. Il s’est excusé, mais quand je suis revenue, les tables étaient toujours sur mon chemin. Un ami et moi avons appelé le bar et avons insisté pour parler avec le manager. Il a dit qu’il ne voulait pas nous voir au bar. Je lui ai dit que c’était de la discrimination et que j’allais porter plainte. Le bar a alors retiré quelques tables sur la terrasse afin que la rampe soit de nouveau accessible. 

Angélique : au salon de coiffure

Pour mon projet de volontariat de prévention des violences, j’étais invitée à parler à une cérémonie de remise de prix. Pour cette occasion, j’avais un rendez-vous chez le coiffeur. Quand je suis arrivée au salon, ils m’ont dit de revenir un autre jour. Je leur ai dit avec détermination: “Non, j’ai un rendez-vous, que je suis client comme n’importe qui d’autre, même si j’ai des difficultés d’apprentissage. Vous devez me servir. Je vais à Namur pour donner un discours, j’ai des obligations aujourd’hui.” 

Nadia : dans le bus

J’étais à bord d’un van de transport accessible. J’étais la seule passagère et j’ai vu que le conducteur me regardait de manière menaçante dans le rétroviseur. Lorsque nous sommes arrivées chez moi, j’ai pris l’initiative et j’ai dit “On est arrivés”. Il a dit “Mais vous n’êtes pas encore sur le trottoir”. Je l’ai regardé droit dans les yeux et j’ai dit “Non, mais je sais que nous y serons bientôt.” Ensuite, il m’a aidé à sortir du bus.

Mathilde : orthographe “inacceptable”

Durant mes secondaires, mes professeurs m’humiliaient à cause de mon orthographe. Quand je suis arrivée à l’université, une de mes professeurs était particulièrement agressive à propos de mon orthographe “inacceptable”. Je lui ai envoyé un email: “Je vous envoie mon travail pour votre séminaire. J’espère que mes correcteurs n’ont pas laissé trop d’erreurs. J’ai une dysorthographie et une dyslexie, ce qui explique les erreurs dans les emails que je vous envoie. Veuillez accepter mes excuses”. Elle a répondu: “C’est courageux d’étudier les sciences sociales lorsque l’on est dyslexique, mais beaucoup d’élèves font énormément d’erreurs sans être dyslexique, ils sont juste ignorants et négligents. Tu as bien fait de me prévenir pour que je ne me fâche pas”. Une autre fois, elle m’a de nouveau félicité, ce qui a augmenté ma confiance en moi.

Nadège : au travail

Un collègue me harcelait sexuellement au travail. Un jour, il m’a tordu le bras en m’obligeant à aller dans une pièce vide. Je me suis souvenue d’une phrase de mon cours d’auto-défense: “quelles parties de mon corps sont libres? Quelles parties de mon corps sont accessibles?”. J’ai utilisé mon autre main pour lui griffer le visage de toutes mes forces. Il m’a laissé partir et avait même des gouttes de sang qui coulaient sur sa chemise. Ma défense a permis de stopper l’attaque. 

Rolande : “Sors de ma chambre!”

Dans ma maison de soins, il y a un homme qui rentrait souvent dans ma chambre sans me demander d’autorisation. Je lui ai déjà dit plusieurs fois d’arrêter. Après avoir suivi un cours d’autodéfense, avec une soignante, je me suis entraînée à dire “Sors de ma chambre!”, en me mettant debout, en me tenant bien droite devant lui, en regardant droit dans ses yeux et en parlant fermement. Quand il est entré de nouveau dans ma chambre, c’est ce que j’ai fait. Il est sorti immédiatement et ne l’a plus jamais fait.

Rolande

Sandra : “Je ne veux pas !”

J’étais dans ma chambre. Parfois Julian y entre. Il vit aussi ici. On s’entend très bien. On écoute de la musique ensemble. Une fois, Julian est venu et m’a dit qu’il m’aimait bien. Et je lui ai répondu que je l’aimais bien moi aussi. Il m’a dit “ok, je suis ton copain maintenant”. Mais je n’étais pas sûre. Il a dit “quand on est en couple, on s’embrasse”. Je ne voulais pas que l’on s’embrasse mais je me suis dit que c’était peut-être ok. Et puis Julian a dit que l’on devait retirer nos vêtements. Il a dit avoir vu ça dans un film. Mais je ne voulais pas me déshabiller et je l’ai poussé fort et il est parti. Ensuite, je suis sortie de ma chambre. Je ne savais pas quoi faire donc j’ai cherché Angelika. C’est une de nos soignantes. Je ne savais pas quoi dire. J’avais peur d’avoir fait quelque chose de mal. J’ai pleuré. Angelika m’a demandé ce qu’il s’est passé et je lui ai dit: “Julian a dit qu’il était mon amoureux et m’a embrassé et… je ne veux pas!”. Angelika a dit que j’avais fait ce qu’il fallait et que je suis courageuse. C’était bien! Les soignantes ont eu une discussion avec Julian. Au débu,t je voulais qu’il soit mis dans un autre groupe. Mais il vit toujours ici. Il n’a plus le droit de rentrer dans ma chambre! On écoute toujours de la musique ensemble, dans la cuisine.